Asmaa Guedira est la responsable du programme éducatif arabe de Womanity «  Be 100 Ragl ».  Nomade numérique franco-marocaine, Asmaa crée des synergies autour des questions du genre, de l’innovation collaborative et de l’entrepreneuriat social, en Europe, au Brésil, au Moyen-Orient et en Afrique, principalement par l’écriture, la communication, la programmation et LA facilitation d’événements et de manifestations.

 

Womanity: Comment en êtes-vous arrivée à travailler pour Womanity et Be 100 Ragl ?

Asmaa Guedira: J’ai entendu parler de Womanity à travers OuiShare, mais j’ai fini par postuler pour Be 100 Ragl séparément. C’est après avoir vu l’offre de travail sur Facebook que je suis tombée amoureuse de la description du post !

 

W: Pouvez-vous nous en dire plus sur Be 100 Ragl?

AG: « Be 100 Ragl » est un programme d’édutainement en arabe, visionné plus de 2 millions de fois, qui a pour but de pousser les sociétés du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA) à engager un débat ouvert et constructif sur des thèmes comme le droit des femmes et leur place dans la société. En effet le programme défie les stéréotypes et offre une variété de points de vue, poussant ainsi à l’adoption d’attitudes favorables en faveur des femmes, tout cela au travers d’un programme divertissant.

La question au cœur du programme est: «Comment pouvons-nous utiliser les nouveaux outils ainsi que la consommation digitale des jeunes de la région MENA pour avoir un impact sur leurs comportements envers le rôle des femmes et des hommes dans la société?

 

W: Qu’est-ce que la vidéo / animation fait que les autres supports ne peuvent pas fournir ?

AG: Les animations attirent l’attention car cela constitue un moyen original et amusant de parler de problèmes complexes et de sujets qui sont tabous dans la région. Cela nous permet d’atteindre un public qui ne viendrait pas aux événements en direct et aux projections que nous organisons. Un public moins instruit et plus conservateur se sent plus libre de commenter et de réagir sur les réseaux sociaux, ce qui déclenche le débat en ligne. Bien sûr, il faut que cela soit suivi, et nous avons nos magiciens des médias sociaux dans l’équipe pour nous assurer que la discussion reste constructive. L’originalité du programme est que nous combinons ces discussions en ligne avec des événements hors ligne en partenariat avec communautés locales innovantes, qu’elles deviennent des ambassadrices de la cause à l’échelle locale.

 

W: Quelles sont les personnes que vous rencontrez dans vos multiples voyages dans la région MENA? Quelles sont leurs aspirations et leurs défis ?

AG: Je rencontre un mélange de créateurs de changement dans le monde de la technologie et des startups, des entrepreneurs sociaux, des ONG et des militants indépendants travaillant sur le genre. Je mets toujours un point d’honneur à diversifier les secteurs et les contacts car mon intérêt principal est de construire des liens entre les personnes et les organisations qui ne sont pas habituées à collaborer. Je tiens cela de mon expérience avec des réseaux et des projets décentralisés (OuiShare, Ouishare Fest, POC21, Open State, Enspiral, etc.). Ces personnes veulent changer le monde autour d’elles, dans une réalité complexe et difficile : cela est incroyable à observer et encore plus incroyable de faire partie de ce changement.

 

W: qu’est-ce que vous apprenez d’eux?

AG: J’apprends la résilience et j’ajoute des couches de complexité à mon identité [rires]; Je me sens très énergique quand je rencontre des gens de ma région, qui sont passionnés de changer leur environnement et leur société, tout en faisant face à de nombreux défis.

 

W: En tant que femme, que pensez-vous de l’impact de votre programme sur la vie des femmes ? Quel est l’impact personnel du programme sur votre vie ?

AG: Je pense que le programme sur lequel je travaille répond à un réel besoin local. Le rôle de la femme dans la société est de plus en plus abordé dans la région MENA, principalement à travers l’émancipation économique des femmes.

C’est un bon point d’entrée pour nous afin de commencer le dialogue car nous utilisons les médias, l’innovation et le divertissement pour aborder des sujets qui ne sont pas souvent discutés, comme la violence sexuelle et le harcèlement, ou la place des femmes en politique. Au-delà de la sensibilisation, nous essayons réellement de pousser les gens à changer leur vision et leurs actions dans la vie de tous les jours.

Ce que j’ai appris cette année, c’est l’importance de déconstruire mes stéréotypes sur le féminisme dans le monde arabe et ce qu’être une féministe veut vraiment dire.

J’ai beaucoup appris sur ma propre culture et mon identité en me confrontant à de nombreux environnements différents qui en fait ont tous des similarités. En parlant publiquement et activement à propos de ces sujets et en établissant des conversations autour d’eux, j’ai appris à construire et à assumer ma personnalité dans mon cercle intérieur, avec ma famille au Maroc par exemple.

Vous ne pouvez pas prêcher le changement et ne pas changer vous-même !

 

W: Lorsque vous ne travaillez pas sur ce programme, à quoi vous consacrez-vous?

AG: À mon projet Hyper-Gender – Je veux créer une plate-forme multimédia et un mouvement explorant et reconstruisant l’identité et les relations de genre sans stéréotype et au-delà des étiquettes.

Je me penche aussi sur l’avenir du travail et des pratiques collaboratives qui sont mises en avant au travers des technologies numériques, la conception, etc., afin de pousser le secteur de la société civile à adopter cette culture et cette mentalité au Moyen-Orient et en Afrique.