Mon expérience en tant que responsable technique du programme de la Fondation Womanity «Girls Can Code»

Par A.K. Azizi, Expert TI, consultant et conférencier

Chaque année, de nombreuses filles brillantes obtiennent leur diplôme d’école secondaire avec de bonnes notes et, tandis que beaucoup concourent pour entrer dans une université de leur choix, un grand nombre ne poursuivent pas l’enseignement supérieur en raison de barrières sociales et familiales.

De nombreuses organisations travaillent avec le ministère de l’Éducation pour s’assurer que leur talent ne soit pas perdu et afin d’encourager l’éducation des filles à travers le pays. Ces organisations ont pour but ultime de fournir aux filles une expérience d’apprentissage de qualité ainsi que de développer leurs connaissances et compétences afin qu’elles deviennent un atout pour leur pays et contribuent activement à la société et leurs familles. La Fondation Womanity est l’un de ces acteurs et a travaillé depuis 2007 dans les écoles secondaires publiques réservées aux filles, leur offrant des opportunités jusqu’à la fin du secondaire.

Fin 2015, Womanity et moi-même avons entamé une conversation très fructueuse sur la façon dont nous pourrions dépasser les obstacles auxquels font face les lycéennes afin de leur permettre de devenir des élèves modèles. Nous nous sommes spécifiquement penchés sur le rôle de l’informatique dans le monde contemporain et à la façon dont les femmes en étaient largement exclues dans le monde et en Afghanistan

 Nous avons discuté des moyens de tirer profit des neuf ans d’expérience de Womanity dans les écoles secondaires publiques pour les filles afin de donner à ces étudiants brillants des connaissances pratiques et utiles.

Womanity m’a défié en me demandant s’il était possible d’enseigner aux élèves du secondaire le codage informatique. J’ai relevé le défi et les ai aidé à élaborer soigneusement un programme unique pour les élèves des écoles secondaires de la 11e à la 12e année en informatique de base, conception et développement web . J’ai proposé ce cours en tenant compte des barrières sociales et familiales de mon pays et en gardant à l’esprit que les technologies de l’information et des télécommunications permettent également aux femmes de travailler à domicile sans exclure la possibilité qu’elles puissent rejoindre un emploi dans un bureau et ont de plus un énorme potentiel de se lancer dans la création de startups.

Depuis, nous avons forgé un partenariat très fructueux et je suis resté impliqué comme superviseur technique du programme «Girls Can Code» de Womanity, le seul de ce genre dans les écoles publiques en Afghanistan.

Nous avons choisi les instructeurs: Zakia Ahmady, formatrice principale aidée par Liza Popalzai et Sharifa Nawrozai. Le projet pilote a débuté le 19 avril 2016 avec l’approbation du ministère de l’Éducation et s’est terminé le 15 janvier 2017 dans deux lycées publics pour filles dans la ville de Kaboul – l’Al Fatah et les écoles Spen Kalay – pour un total de 40 élèves.

Le cours a été conçu en gardant à l’esprit le niveau de connaissances des étudiants et a été divisé en: connaissances informatiques de base (premier mois); codage avec conception et développement de sites Web et langages tels que HTML, CSS et Adobe Photoshop (quatre mois); Et back-end-codage avec des langues telles que PhP, MySQL et JScript (quatre mois). La dernière partie du cours a été consacrée à un projet de groupe. Chaque classe a été divisée en quatre groupes et chacun d’eux a été assigné la tâche de concevoir un site Web.

Au total, le cours a duré neuf mois avec 191 sessions prévues et environ 360 heures d’enseignement. Trente-cinq des 40 étudiants ont réussi la formation.

Nous avons dû relever un certain nombre de défis:

  •  Faire valoir le cours: L’équipe de Womanity a organisé plusieurs rencontres avec la direction de l’école et les parents pour expliquer la nature et le potentiel du programme et a pu obtenir leur approbation enthousiaste et leur adhésion.
  • Élaboration et planification du curriculum: nous avons dû élaborer soigneusement le programme et le plan des leçons en fonction du rythme préexistant des connaissances et des apprentissages des étudiants afin de pouvoir maintenir leur attention et leur intérêt tout au long du programme. Le programme s’est terminé avec seulement cinq étudiantes abandonnantes.
  • S’adapter aux horaires des écoles: pour assurer la présence des élèves, nous avons dû planifier des cours juste avant ou après les heures normales d’école, ce qui signifiait commencer à partir de 6 h du matin à l’école Al Fatah. Nous avons également dû suspendre les cours pendant les examens, car il aurait été impossible de demander aux étudiants d’être là ces jours-là.
  • Accident de voiture de la formatrice: la principale formatrice a connu un accident de voiture majeur et n’était pas disponible pour enseigner pendant quelques semaines. Heureusement, j’ai aidé à développer le manuel et pu intervenir et la remplacer. Cependant, dans le futur, il sera bénéfique de planifier des formateurs de secours.

En ce qui concerne l’année prochaine, j’aimerais suggérer que le programme:

  •  inclue des rencontres en classe avec des modèles féminins, afin que les étudiantes puissent connaître leur potentiel dans le secteur des TIC et comment elles peuvent construire une carrière réussie;
  • inclue des leçons tirées de cette année dans le manuel du cours de codage;
  • considère les étudiantes qui viennent d’être diplômées comme des formatrices d’appoint (intensifier et remplacer les formateurs lorsqu’ils ne sont pas disponibles).
  • Il serait avantageux de mener une partie des visites de contrôle technique (par moi-même) et non-technique (par Womanity) conjointement plutôt que séparément, afin que nous puissions discuter et résoudre les problèmes du programme de façon holistique.

Enfin, malgré les difficultés, le programme a connu un immense succès. Nous avons pu engager pleinement les intervenants du programme. Il est intéressant de mentionner que le programme a bénéficié d’un solide soutien de la part des familles des étudiantes : elles ont assisté à nos réunions et nous a encouragé, ainsi que la direction de l’école, à mettre en œuvre cette initiative. Les étudiantes sont maintenant désireuses de chercher des possibilités de stage, de se préparer à l’examen national d’entrée à l’Université (faculté d’informatique ou similaire) ou de commencer à planifier leur propre start-up.

Nous pouvons affirmer avec fierté que, alors que l’Afghanistan s’apprête à introduire un e-gouvernement, nous équipons la nouvelle génération pour répondre à ses nouveaux besoins en matière de connaissances et de compétences.