Yann Borgstedt, fondateur de Womanity, explique comment la technologie peut contribuer à émanciper les femmes et lutter contre la violence envers les femmes.

Comment la technologie peut-elle servir à protéger les femmes ? Malgré le caractère relativement simple de cette question, la réponse ne cesse de gagner en complexité. Les communications sur mobiles et en ligne offrent des solutions pour faire disparaître les obstacles à l’émancipation des femmes, mais induisent dans le même temps de nouvelles formes de discrimination et de violence en ligne, telles que les agissements des trolls et le harcèlement électronique. Selon un rapport publié en 2014 par STATT, « la violence envers les femmes, qui se déroule dans le foyer familial ou dans la rue, adopte désormais de nouvelles formes et s’exerce dans des espaces en ligne où les femmes sont victimes de harcèlement électronique ou de voyeurisme numérique. »

Pour sa part, après avoir interrogé des femmes âgées de 18 à 24 ans en 2014, le Pew Research Centre a découvert que parmi elles, 26 % avaient subi une forme de harcèlement en ligne et 25 % avaient fait l’objet d’un harcèlement sexuel en ligne.

En revanche, une étude menée par la Cherie Blair Foundation et GSMA Development a établi que 93 % des femmes se sentaient plus en sécurité quand elles possédaient un téléphone mobile.

Nous observons ici une nouvelle fois un phénomène à double tranchant, avec d’une part l’émancipation… et d’autre part de nouvelles formes de mauvais traitements. Une étude de l’Université de Durham portant sur l’utilisation des smartphones dans les cas de violence conjugale et sexuelle a démontré que 49 % des appareils étaient dotés d’une forme de système d’alarme. 10 % proposaient une fonctionnalité de recueil de pièces à conviction, telle qu’une capacité d’enregistrement vocal, en vue d’une remise de ces éléments à la police. Cependant, l’étude soulignait que les progrès en matière de technologie pour applications mobiles ouvraient la voie à de nouvelles formes de maltraitance, citant l’exemple d’une application intitulée « Track Your Wife » (Localiser votre épouse), permettant aux utilisateurs après installation sur l’appareil d’une conjointe, de connaître l’emplacement de cet appareil à tout moment. Dans cette optique, les auteurs du rapport invitaient les développeurs d’applications pour téléphones mobiles à mieux réfléchir à la manière dont les applications peuvent être utilisées de façon nocive.

Nous savons que la technologie peut s’avérer d’une incroyable efficacité dans l’émancipation des femmes et des filles. En Égypte, une simple page Facebook indiquant les lieux où le harcèlement envers les femmes se fait le plus virulent, a engendré un mouvement en ligne et hors ligne qui a organisé des manifestations anti-harcèlement, tout en galvanisant une frange entière de la société égyptienne.

La lutte contre la violence envers les femmes par le biais des technologies d’information et de communication (TIC) représente l’un des fondements de l’action de Womanity en 2016. C’est pourquoi cette année, le Womanity Award sera consacré à l’innovation dans la prévention des violences envers les femmes à l’aide des TIC. Suite à la sélection de quatre paires de finalistes, nous apporterons un soutien échelonné sur trois ans aux deux organisations choisies, pour qu’elles appliquent dans un nouveau contexte une innovation à succès.

Si une innovation destinée à une problématique aussi importante que la prévention des actes de violence envers les femmes peut être élargie et rendue accessible auprès d’un plus grand nombre de femmes et de filles dans des situations de risque, nous savons que notre investissement porte sur des projets susceptibles de créer un impact réel et durable.

APAC (Association pour le progrès des communications), l’un des finalistes de l’édition 2016 et créateur de la campagne Réapproprie-toi la technologie!, a lancé une campagne collaborative ayant remporté un immense succès et destinée à toute personne utilisant Internet et la technologie pour dénoncer la violence envers les femmes. Son application de cartographie permet aux femmes de signaler les actes de harcèlement et de violence qu’elles subissent dans le monde entier.

Autre finaliste, Tactical Tech Collective a créé un programme intitulé Gender and Tech Institute, focalisé sur la manière dont les comportements de trolls et le harcèlement peuvent contribuer à réduire au silence la voix des femmes, qui s’autocensurent en ligne par peur pour leur sécurité. L’organisme dispense des formations numériques destinées aux dirigeants d’organisations de lutte contre la violence envers les femmes et consacrées à la sécurité et la confidentialité sur Internet. L’ONG s’inscrit dans un mouvement de Défenseuses des droits de la femme, dont beaucoup subissent des attaques en raison de leur engagement dans la défense des droits humains… et souvent à cause de leur sexe.

Cependant, les adultes ne sont pas les seuls à nécessiter une sensibilisation. Emergent Media Centre and Champlain College, le troisième finaliste, a créé Breakaway, un jeu vidéo sur le football qui encourage les joueurs à remplacer des attitudes favorisant la violence sexiste par des comportements assurant la promotion d’un respect mutuel. De jeunes participants se réunissent dans des camps où ils interprètent des rôles dans le cadre de scénarios créant des d’environnements où règne l’égalité entre les sexes. Le jeu a été utilisé dans 185 pays et compte plus de 5 000 utilisateurs inscrits.

Le quatrième finaliste est MyPlanApp, une application en ligne gratuite, axée sur la prise de décision et aidant les femmes à évaluer la gravité de la violence dans leur relation, en complément d’autres facteurs de risque, pour décider s’il est souhaitable de quitter leur conjoint. L’application permet également de créer un plan d’action sûr et personnalisé pour y parvenir, en mettant l’utilisatrice en relation avec des ressources locales. Depuis son lancement en janvier 2014, l’application a déjà été téléchargée plus de 9 000 fois.

Pour répondre à la question sur la manière dont la technologie peut servir à protéger les femmes, il est évident qu’il existe de nombreuses solutions et organisations dédiées à faire des TIC un outil d’émancipation.

Au même titre que nous, elles sont convaincues que la technologie joue un rôle crucial dans la protection des femmes et des filles.

Si vous travaillez sur une innovation favorisant le changement en faveur des femmes par le biais de la technologie, vous pouvez vous impliquer en utilisant le mot-dièse #ICTforWomanity sur Twitter. Ensemble, nous pouvons créer un changement véritable et durable.