Dans le cadre de notre série de blogs sur la Journée internationale de la femme, nous avons interviewé certaines des personnes brillantes qui rendent notre travail possible à Womanity. Dans cette interview, Laura Somoggi, responsable de programme, explique ce qu’elle aime le plus à propos de son travail et ce que #BalanceforBetter signifie pour elle.

Parlez-moi un peu de votre rôle chez Womanity.

Je dirige notre programme axé sur la prévention de la violence à l’égard des femmes, appelé le Womanity Award. Nous lançons un appel à candidatures tous les deux ans pour trouver des organisations qui ont mis en œuvre des projets innovants de lutte contre la violence sexiste. Dans le cadre du processus de sélection, elles doivent choisir une autre organisation dans un pays différent afin de travailler ensemble pour adapter et mettre en œuvre leur approche innovante dans une nouvelle géographie.

Notre modèle repose sur le pouvoir des collaborations et des partenariats. Une fois que nous avons sélectionné les deux organisations qui travailleront ensemble, nous leur fournissons un soutien essentiel pour travailler pendant trois ans, à la fois financier et non financier, tel que le renforcement des capacités et le mentorat. Notre objectif est de prendre ces solutions et de les développer à travers un processus d’adaptation soigneusement soutenu, qui respecte le contexte local et les normes sociales.

Je coordonne le processus de sélection et gère les partenariats avec les organisations sélectionnées. Je surveille les progrès et trouve des opportunités de communiquer sur les projets. Je joue également le rôle de mentor auprès des organisations que nous soutenons et j’essaie de résoudre les problèmes qu’elles rencontrent et de les aider à nouer des liens avec d’autres acteurs pertinents. Enfin, j’ai un rôle stratégique qui consiste à réfléchir à la valeur que nos programmes apportent aux droits des femmes et à la lutte contre la violence à l’égard des femmes, comment l’améliorer, comment mesurer notre impact, comment nous pouvons collaborer avec d’autres philanthropes travaillant dans ce domaine, comment partager ces apprentissages, etc.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce travail ?
J’aime beaucoup travailler en étroite collaboration avec des organisations qui font un travail incroyable pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes dans le monde entier. Depuis le lancement du Womanity Award en 2014, nous avons soutenu 3 paires d’organisations et chacune d’elles a concentré son travail sur un aspect spécifique lié à la lutte contre la violence à l’égard des femmes. La première paire était Promundo (US) et Abaad (Liban) et elles ont travaillé ensemble sur le rôle des hommes dans la lutte contre la violence sexiste au Liban. La deuxième paire, Association pour les communications progressives, APC (Afrique du Sud) et Luchadoras (Mexique) adaptent un programme appelé « Tech back the Tech », pour s’attaquer à la violence en ligne contre les femmes au Mexique. Cette année, nous entamons notre troisième programme, en Afrique du Sud, avec SafetiPin (Inde) et Institut Soul City (Afrique du Sud) pour créer des villes plus sûres pour les femmes.
Chaque jour, je découvre différentes approches, les différences et les points communs liés à la violence à l’égard des femmes de différentes cultures, ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas pour aider à prévenir et à éliminer la violence à l’égard des femmes.

En quoi votre expérience antérieure, en dehors de Womanity, vous a-t-elle aidé dans ce rôle ?

J’ai eu deux phases différentes dans ma carrière avant de rejoindre Womanity. Tout d’abord, j’ai travaillé pendant 10 ans en tant que journaliste d’affaires au Brésil, mon pays d’origine. Ensuite, après avoir déménagé à Londres, j’ai travaillé dans le secteur privé pendant 9 ans. J’ai géré un partenariat intersectoriel avec des ONG mondiales et des agences des Nations Unies sur des projets de développement international et j’ai également dirigé le programme d’autonomisation des femmes. Je pense que ces deux expériences m’ont aidé à penser de manière stratégique et à travailler efficacement dans des environnements complexes et multiculturels. Cela m’a aussi appris à établir des relations et à communiquer avec différentes personnes dans différents contextes.

Le Womanity Award a-t-il permis d’acquérir des enseignements essentiels ?

En définitive, il y a eu un apprentissage continu. J’ai appris l’importance d’avoir un rapport de force entre partenaires, ce qui constitue l’essence même de notre modèle. Il n’est pas rare dans les projets à impact social que l’approche à l’échelle soit très descendante : le partenaire le plus expérimenté travaille avec un partenaire local uniquement pour reproduire un projet existant sans prendre le temps nécessaire pour s’assurer que le programme est parfaitement adapté et respecte les normes culturelles locales.

Pourquoi ce travail sur la lutte contre la violence sexiste est-il si important dans la lutte pour l’égalité ?

Eh bien, si les femmes ne se sentent pas en sécurité à la maison, dans la rue, dans les transports en commun, dans les écoles, au travail, pour ne citer que quelques espaces, cela affecte leur liberté d’aller et de venir et limite la possibilité d’exercer leurs droits. Au cours de ce processus de sélection du dernier prix (axé sur la création d’espaces urbains sûrs pour les femmes), j’ai eu l’occasion d’aller en Inde pour visiter le projet de l’une des finalistes et parler aux adolescentes faisant partie du programme. Elles ont indiqué qu’elles préféraient ne pas dire à leurs parents si elles étaient harcelées dans la rue en se rendant à l’école, car la réaction serait de leur interdire d’aller à l’école et de ne pas nécessairement s’attaquer au véritable problème de la violence sexiste.  Si les valeurs patriarcales sont normalisées et que la violence est acceptée comme faisant partie de la vie ou de la culture, il sera très difficile d’atteindre l’équité entre les sexes.

Cette année, la Journée internationale de la femme prône « l’équilibre pour un monde meilleur ». Qu’est-ce que ce thème signifie pour vous ?
Cela signifie que nous n’avons même pas besoin de penser au déséquilibre des pouvoirs lorsque nous parlons de genre. L’équilibre devrait être une évidence. Tout le monde devrait pouvoir exercer ses droits sans distinction de sexe ou d’orientation sexuelle. En réalité, plus que cela, sans distinction de race, de classe, d’âge, de religion ou d’invalidité. Ils font tous partie de ce qui fait de nous des êtres humains et ne devraient pas être utilisés comme motifs de préjugés ou de discrimination.